Pour ceux qui n’auraient pas pu se procurer "Le Ravi", "Mensuel provençal et satirique, en vente (2,80 €) dans les principaux kiosques de la région le premier vendredi du
mois ", Cuers Oxygène vous propose la transcription fidèle de l’article
concernant le Conseil municipal de Cuers du 30 octobre 2008.
18h25 : Ancien adjoint à la Culture de la municipalité PCF défaite en mars aujourd’hui
dans l’opposition, Paul Garnier tente un bon mot à la vue du trombinoscope des élus amené par le grand reporter du Ravi : «Vous avez déjà les ravis, nous on est les
bergers ! »
18h28 : La petite salle moderne du conseil, ouverte sur l’entrée de la mairie se
remplit peu à peu. Curieusement, elle n’arbore pas le traditionnel portrait du président de la République. Par contre, une superbe Marianne brune, haut noir ceint de l’écharpe tricolore,
trône dans un coin, derrière l’inénarrable Gilbert Perugini.
Elu dans une quadrangulaire (deux listes de droite, deux listes de gauche), cet
UMP décomplexé, visage rose-rougeot encadré par des lunettes, a fait déprogrammer quelques jours après son élection un spectacle de rue de la compagnie Princesses Peluches, accusée de
« dégradation du bien public » à cause d’inscriptions sur la chaussée.
L’édile a porté plainte pour «outrage au drapeau » contre la compagnie
Orphéon, programmatrice du spectacle lauréat du prix 2008 des Arts de la rue et de la saison théâtrale de la salle L’Abattoir. Motif ? Une majorette dansait sur l’étendard
national (le Ravi n°52 et 54)
18h32 : Pas de round d’observation : les quatre élus communistes s’abstiennent
lors du vote du très symbolique secrétaire de séance.
18h38 : Gérard Cabri, éphémère maire PCF d’octobre 2007 à mars 2008 pour remplacer Guy
Guigou dont il était le premier adjoint depuis 1995, prend la mouche.
Gilbert Perugini vient de demander l’intégration à l’ordre du jour d’une nouvelle
délibération, relative à un conflit entre la ville et un administré concernant un terrain que la municipalité sortante lui a laissé sur les bras. Un rappel qui fâche le communiste : «Cette
affaire date du début des années 70, quand le Conseil général faisait passer ses bulldozers ! » «On n’accuse personne », assure Jean-Roger Malfatto, adjoint à l’urbanisme, d’une
voix aussi grave que celle de son adversaire.
Qui tranche : «Moi si ! »
18h50 : Laurent Houdayer, ventripotent adjoint à l’Economie, enchaîne les sommes de la
délibération « modification du budget 2008 », que Gilbert Perugini fait immédiatement approuver par les élus. Denis Raybaud (PS) les arrête : «Avant le vote, on pensait que ce
serait bien d’avoir une discussion. Ça pourrait faire bouger le conseil, même si c’est peu probable… » Surprise du maire, d’une voie pâteuse : «Vous voulez discuter avant ? »
Le quadra socialiste, petites lunettes et gilet marron-beige, mêle ironie et pédagogie : «Oui, en général on débat avant le vote. »
18h55 : Dans un silence autant religieux (public et opposition communiste) que
respectueux (PS et DVD) et dédaigneux (majorité), Gérard Cabri donne une leçon de gestion à la nouvelle équipe municipale après un court échange glacé avec Laurent Houdayer.
19h01 : Moment de flottement suite à un désaccord entre Denis Raybaud et l’adjoint à
l’Economie sur l’augmentation des charges générales et de personnel. Apparemment pas au fait, le maire s’en remet à sa directrice financière, une blonde au brushing très 80’.
Gérard Cabri en profite pour quitter discrètement et précipitamment la salle,
créant un vide entre socialistes et communistes.
L’espace symbolise finalement assez bien l’inimitié entre les deux formations
depuis que Robert Daumas, tête de liste socialiste aux dernières municipales aux faux airs d’Alain Afflelou, a provoqué, en se maintenant au second tour, la défaite de la gauche autrefois
unie.
19h10 : Budget de la culture 2008, le gros morceau de la soirée. Philippe Duval,
conseiller d’opposition DVD, attaque «sans volonté de polémiquer » : «Où en sont l’affaire et la convention qui liait la commune à la compagnie Orphéon. Quel est le contenu de votre
programmation ? » Gilbert Perugini qui maîtrise cette fois le dossier élude : «Un, l’action contre Orphéon en est au même point, nous attendons la réponse du procureur de la
république. Deux, Monsieur Houdayer vous présentera la programmation, mais je pense qu’elle a déjà eu un bel article dans Mieux vivre à Cuers. »
19h13 : Paul Garnier se lance dans un plaidoyer en faveur de l’association et de sa
propre action. Il réclame un «débat en conseil municipal » ou carrément des «assises avec la population sur la culture à Cuers ». La majorité se transforme en meute lorsqu’il cite Jean
Vilar. Dans une ambiance de lynchage, Jacques Tardivet, premier adjoint tout en rondeur, l’invective violemment, pendant que Laurent Houdayer hurle en s’agitant sur son siège : «Vous êtes
ridicule, un anarcho-communiste primaire, un has been ! » Le micro grésille de ses vociférations.
Mais l’adjoint à l’Economie triomphe en fustigeant le conseiller
d’opposition : «Depuis 2006, vous n’avez plus de licence d’entrepreneur de spectacle ! La convention avec la compagnie Orphéon que vous avez renouvelée en janvier dernier est donc nulle
et non avenue ! J’ai les preuves, je les ferais passer à la presse ! »
Il conclut, calmé, par l’annonce de la saison 2008-2009 de l’Abattoir «Du rire et
des variétés… »
19h26 : Bras croisés et en retrait de la table ovale autour de laquelle est installé le
conseil, Paul Garnier rumine.
19h27 : Le conseiller communiste retourne dans l’arène. Avec une bonne dose de mauvaise
fois, il provoque : «J’aimerais savoir si la ville a sa licence d’entrepreneur de spectacle et si oui qui l’a demandée et quand ? » La majorité lui retombe dessus avec la même
subtilité, «J’ai jamais roulé sur un drapeau communiste ! » lance un conseiller. Gilbert Perugini reste en retrait, comme absent.
19h40 : Jean Claude Nourikian, conseiller DVD à la calvitie luisante, sort de sa
léthargie. La vente de deux parcelles (non constructibles) mitoyennes à la propriété d’un couple de Cuersois l’exaspère : «Il suffit d’entretenir un terrain pour le récupérer ? Tout le
monde devrait faire pareil ! La commune aurait pourtant pu les garder pour faire un espace vert ou des places de parking. » Alors qu’il ne s’était jamais porté au secours de Paul
Garnier, Denis Raybaud suit le colistier de Philippe Duval. Le maire s’en remet encore et toujours à ses techniciens, puis persifle méchamment à l’attention de l’élu communiste qui, petite
provocation, lui demande «la même continuité républicaine sur la culture… » : «Ils n’ont pas bafoué le drapeau tricolore ! » Et de conclure, toujours aussi
désinvolte : « L’opposition a décidé de retirer la délibération ! » Grands gestes effarés de Robert Daumas, qui se retourne vers le public : «J’ai jamais vu
ça ! Vous devez soumettre notre proposition au vote ! »
20h02 : Nouvelle bourde de la majorité.
Question de Philippe Duval :
« La parcelle que vous louez, c’est sous forme de bail ou de
concession ? »
Réponse de Jean Roger Malfatto, aussi léger que Gilbert Perugini : «Ce sera
une location ! » Premiers rires francs de la salle.
20h04 : Jacques Tardivet vide sa bouteille d’eau.
20h09 : Dernier tacle de Laurent Houdayer sur Paul Garnier, une fois de plus trop
généreux avec son adversaire. Le conseiller d’opposition : «Monsieur le maire, on n’a pas voté sur la dernière délibération. Ça ne nous arrivait jamais… » L’adjoint à l’Economie
toujours aussi fielleux : «Vous étiez irréprochables ! »
20h10 : La salle se vide sans que clôture de séance et vote n’aient officiellement eu
lieu… Penaud, Paul Garnier rejoint de son côté ses troupes : «On a ramé quand même … » Avis partagé par Annie Magnan, sa colistière, qui l’enlace et l’embrasse : «Monsieur
Garnier, c’était votre fête ce soir ! »
Jean-François Poupelin (Correspondant "Le Ravi")
http://www.leravi.org/